jeudi 13 décembre 2007

Coup de gueule du jeudi : les sables bitumineux de l'Alberta et les droits des peuples Autochtones

Nous avons tous vu le film d’Al Gore (ou sinon c’est vraiment qu’on habite Thulé ou pire…), on sait tous que les ressources pétrolières sont limitées et qu’il va nous falloir trouver des alternatives à l’or noir pour faire roules nos Hummers, nos Porsches et nos Minis… D’où la folie qui s’est emparé des producteurs de betteraves qui espèrent pouvoir produire du bioéthanol et échapper ainsi à la crise du sucre, mais ça c’est une autre histoire[1].... Le pétrole, on le sait, sert à faire avancer nos autos, mais c’est aussi le fuel d’un certain nombre de conflits entre les Etats-Unis et le reste de monde (je simplifie à l’extrême là…). Du coup nos amis les nord-américains cherchent pas tous les moyens de quoi faire le plein de leurs énormes 4x4 et autres SUV ailleurs que dans les pays dits « problématiques »[2] et notamment …. En Alberta, au Canada.
On trouve en effet en Alberta les plus grosses réserves mondiales de sables bitumineux.


" Un sable bitumineux (ou bitumeux) est un mélange de bitume brut, qui est une forme semi-solide de pétrole brut, de sable, d'argile minérale et de l'eau."(Source : Wikipedia)
De ces sables bitumineux on extrait donc du pétrole. Super pensez-vous ? Et bien évidemment rien n’est aussi simple…

Il est vrai que l’extraction du pétrole de ces sables coûte plus cher que l’extraction classique du pétrole provenant de nappes, mais le coût le plus important est certainement le coût écologique et humain de toute cette opération.

La première conséquence évidente est sur les paysages. Adieu la forêt boréale, bonjour les exploitations à ciel ouvert. Même si les industriels se sont engagés à nettoyer et à remettre les sites en état après, on se doute que ça ne sera pas aussi simple. L’industrie minière laisse des traces, comme celles, parfois désastreuses, de l’industrie du Nickel en Nouvelle Calédonie…. Deuxième conséquence, un certain nombre de produits toxiques se retrouvent à se balader dans les rivières et les nappes phréatiques, dont du mercure et de l’arsenic. Ceci mène donc à :

  • Des pluies acides

  • Des animaux bizarres avec toutes sortes de difformités et de tumeurs

  • Une augmentation assez effrayante du nombre de cancer dans les populations aux alentours

A ce sujet, visionnez le
reportage de CBC sur Fort Chipewyan et ses cancers… C’est assez effrayant ! Surtout lorsque l’on apprend la façon assez cavalière qu’ont les autorités de contraindre le médecin au silence…



Mais le Canada a beaucoup misé sur ces sables bitumineux et le méga-projet d’exploitation de l’Athabasca, avec ses pipelines qui iront jusqu’aux Etats-Unis et jusqu’à Kitimat
[3], ici, en Colombie-Britannique n’est pas prêt de s’arrêter en si bon chemin… Quitte à déplacer massivement certaines populations ou à ce qu’un certain nombre de communautés autochtones en payent le prix avec un taux de cancers plus élevé que dans le reste du pays.

Il faut dire qu’on oublie très souvent que le Canada fait partie, avec les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, des pays qui ont refusé de signé la
Déclaration des Peuples Autochtones. Cette déclaration les aurait obligé à revoir leur politique assez désastreuse vis-à-vis des Premières Nations. Encore aujourd’hui, le sort de ces Premières Nations relève d’un quasi-génocide silencieux. Peu nombreux sont ceux qui en parlent ouvertement. Il est sans doute « politiquement correct » d’attendre que les derniers de ces « indésirables » périssent des suites de s abus d’alcool et de drogue dure… On ferme ainsi de plus en plus de programmes de substitution (on ne sait jamais, ils seraient capables de se désintoxiquer en plus !).

J’avoue que cela me rend pessimiste et triste. Je viens de terminer de relire No Mans River de Farley Mowat, où il conte un peu la vie dans cette région du Nord et les relations conflictuelles et compliquées entre Premières Nations (à l’époque on parlait d’indigènes), métis et blancs, se disputant fourrures et migrations des caribous. A l’époque la Hudson’s Bay Company[4] fixait les tarifs des fourrures, si elle payait les trappeurs blancs, elle n’achetait les fourrures des Crees, des Chipewyans et autres uniquement via des « traders », des intermédiaires blancs, qui se sucraient au passage. Finalement les choses ont assez peu évolués, si les hommes d’aujourd’hui nient férocement êtres racistes (pas politiquement correct !), ils emploient toujours des méthodes aussi détestables.

Les Premières Nations voyaient à l’origine ce projet comme une manne, un moyen d’apporter des emplois dans ces régions reculées et d’améliorer leur niveau de vie. Si c’est le cas dans certaines villes, ça ne l’est pas partout et malheureusement on reste avec la désagréable impression que ce sont toujours les mêmes qui payent de leur santé ce gigantisme….
En Alberta, la plus grande richesse provient des mines, ce qui rend les hommes politiques assez peu scrupuleux. J’ai appris par ailleurs de la bouche d’un des dirigeants d’un des plus gros cabinets de sondages du Canada que la majorité des politiques de l’Alberta peuvent se classer dans la catégorie vieux hommes blancs chrétiens et conservateurs. Toujours selon ce même institut de sondage, l’Alberta est la province où la classe politique se sent la moins concernée par l’environnement…. Edifiant non ?


Pour replacer les choses dans un autre contexte, il est intéressant de noter que l’extraction du pétrole des sables bitumineux produit des gaz à effets de serre :

« De plus, l'extraction d'un seul baril de pétrole des sables bitumineux de l'Alberta génère plus de 80 kg de gaz à effet de serre (GES) et entraîne le rejet de plusieurs fois son volume en eaux usées dans les bassins de décantation qui ont submergé environ 50 km² de forêts et de tourbières. L'augmentation de la production de pétrole synthétique prévue menace aussi les engagements internationaux du Canada. En ratifiant le Protocole de Kyoto, le Canada avait accepté de réduire au plus tard en 2012 ses émissions de gaz à effet de serre de 6% par rapport à l'année de référence (1990). En 2002, l'émission totale de gaz à effet de serre du Canada avait augmenté de 24% depuis 1990. En 2006, le Canada a déclaré que cet objectif n'était pas atteignable. Une déclaration probablement liée à des prix du pétrole sans précédent, au développement des ressources de l'Athabasca qui en a résulté et l'énorme impact de ce changement sur l'émission totale du pays. » (Source : Wikipedia)

On comprend mieux pourquoi le gouvernement actuel traine autant des pieds à Bali et fait tout pour ne pas appliquer les objectifs du Protocole de Kyoto, dont le Canada a pourtant été l’un des grands avocats par le passé.
Les mines rendent les hommes fous, l’or jaune les a rendus fous dans les rués du Klondike et du Yukon, les voilà fous par l’or noir de l’Athabasca…


En savoir plus :

Article de Wikipedia très complet sur les Sables Bitumineux de l’Athabasca
www.oilsandstruth.org

A Vancouver (en réalité à un étage sous mon bureau) se déroule mardi prochain une conférence sur les sables bitumineux :

18 décembre – 18h30
Salle 2270 - Simon Fraser University – Harbour Centre
515 West Hastings Street
A l’occasion de cette conférence le film « Tar sands and water » (tourné cette année) sera projeté.

[1] Promis je ferais un post sur le bioéthanol et les betteraves prochainement !
[2] Avouez que le « show » de Kadhafi à Paris en ce moment a de quoi faire rire (jaune)…
[3] Kitimat est sensé devenir un grand port pétrolier pour acheminer le pétrole de l’Athabasca vers l’Asie
[4] Aujourd’hui « The Bay » existe toujours mais ressemble plus au Printemps ou aux Galeries Lafayette qu’au repère de trappeurs vu dans Picsou ou dans d’autres récits d’aventuriers…

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