vendredi 31 août 2007

Alexandra Morton : l'écho du Broughton Archipelago

J’ai croisé Alexandra Morton pour la première fois, j’avais 18 ans. Je ne l’ai aperçue que quelques minutes lors d’une de mes expéditions à l’Orcalab, mais elle m’avait fait une très forte impression. Plus tard, en apprenant à connaître son travail et en son histoire, j’ai pu apprécier à sa juste valeur la personnalité très forte de cette femme exceptionnelle, qui jamais ne baisse les bras. La première chose que ses interlocuteurs retiennent, c’est sa formidable énergie, et il lui en faut !

Sans formation universitaire scientifique, elle a d’abord servie d’assistante à l’une des plus grandes têtes brûlées des neurosciences des années 70, le
Dr John C. Lily. Avec lui elle a commencé à étudier les systèmes de communication des dauphins. Ensuite, Alexandra est arrivée en Colombie Britannique pour écouter les orques. Là, c’est le coup de foudre : pour la région, pour les orques, pour les gens et pour celui qui allait devenir son mari, Robin Morton, cameraman sous-marin.

Elle va entamer une carrière de cétologue, choisissant la région reculée d’Echo Bay comme base arrière. C’est là que le drame va la frapper de plein fouet : son mari Robin décède, sous ses yeux, lors d’une plongée pour filmer les orques. Elle se retrouve seule, avec son jeune fils, pratiquement sans ressources dans une région hostile. Les gens du cru s’attendent à la voir repartir vers sa famille, aux Etats-Unis… Mais c’est mal connaitre la dame ! Elle va s’accrocher, revend son bateau et commence une nouvelle carrière comme aide sur le bateau de pêche d’une autre grande figure de la région, Billy Proctor. C’est avec lui qu’elle va pénétrer dans le cœur de cette région, apprenant avec lui à lire les marées, les courants et la toile délicate des migrations des saumons. C’est avec lui qu’elle va se découvrir un amour immense pour cette région sauvage et magnifique. Elle continue à écouter les orques dès qu’elle trouve un instant et commence à publier des livres pour les enfants et pour les plus grands, pour partager sa passion. Petit à petit elle s’en sort et recommence à consacrer son temps à son étude des orques.

Mais son expérience avec Billy a profondément changé son regard sur sa région et quand les premières fermes aquacoles s’installent, c’est avec méfiance qu’elle les observe. Elle sera parmi les premières à dénoncer les conséquences écologiques dramatiques de ces installations. Le saumon l’a nourri, le saumon lui a redonné une vie, c’est pour lui qu’elle va désormais se battre. Parce que le saumon est au cœur de la vie de cette région. C’est la pierre angulaire d’un écosystème très complexe. Aujourd’hui elle continue à publier des papiers scientifiques et est devenue la spécialiste régionale des parasites du saumon. Elle se bat pour sa petite communauté du Broughton archipelago, pour que la beauté de cette région ne soit pas perdue. Elle a développé une fibre poétique et ses livres récents, que ce soit
Heart of the Raincoast ou Listening to whales, ne peuvent que toucher notre cœur.

C’est avec son inspiration que j’ai dévié de ma première envie d’étudier les modes de communication chez les orques pour étudier les conséquences écologiques de l’aquaculture. Parce que l’écologie ne se résume pas à la protection distincte de quelques espèces, c’est l’étude des systèmes complexes de la nature. C’est une démarche globale. Sans ce recul nécessaire, nous ne pourrons pas assurer la pérennité de ces systèmes qui nous soutiennent. Alexandra est une de ces guerrières qui se battent pour l’écologie et pour le développement durable. Je tenais à lui tirer mon chapeau !

En savoir plus :


  • J’avais traduit il y a quelques années
une interview qu’elle avait donnée à New Scientist pour Réseau Cétacés
  • Twyla Roscovitch est une jeune cinéaste qui a suivi Alexandra pendant plusieurs mois pour témoigner de son travail, vous retrouverez son journal filmé sur son site : Calling from the Coast. Il y a de très belles images de la région et ces petits films sont porteurs d’un très beau message.
  • Pour en savoir plus sur le travail d’Alexandra, que ce soit sur les orques ou le saumon, vous pouvez visiter son site : Raincoast Research
  • Crédits photographiques : Le portrait d'Alexandra a été réalisé par Brian Smale pour New Scientist, la photo d'Echo Bay a été prise par Aryn "Battling Apathy" Machell.

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