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mercredi 7 janvier 2015

#Jesuischarlie







Ce matin, notre ville côtière est noyée dans le brouillard. Épais, cotonneux, il dilue les formes et force à la mélancolie. Nous nous sommes réveillés dans un brouillard de nouvelles stupéfiantes et terrifiantes. Douze personnes sont mortes au siège de Charlie Hebdo. Parmi les noms de ceux qui ont perdu la vie dans une attaque violente et indicible, Wolinski, Cabu, Charb, Tignous… D’autres, comme le naturaliste Fabrice Nicolino sont blessés. Mon seul petit réconfort ce matin c’est de voir que la place a été donnée aux hommages et non au portrait-robot des connards qui assassinent la liberté de la presse.

J’ai grandi dans un monde où internet n’était pas encore au bout de nos doigts. Les journaux étaient attendus, lus et partagés.  Venant d’une famille qui en lisait beaucoup, j’ai découvert assez tôt les dessins de presse et les caricatures politiques. Charlie, mon oncle se faisait un plaisir de le lire et de le laisser trainer devant ma très conservatrice grand-mère, avec le Canard évidemment! A mon entrée à l’université, à l’âge des grands idéaux, des engagements politiques et des manifs, Charlie est demeuré. J’ai aussi rencontré quelques dessinateurs de presse, dont certains sont devenus des amis. Beaucoup continuent aujourd’hui à militer pour la liberté de la presse à coups de traits de crayon humoristiques.

Ils sont un miroir impitoyable mais souvent tendre de notre humanité. Ils nous renvoient sans concessions à nos failles, nos petitesses et nos bêtises. Ils ont l’art de nous dessiner empreints de nos défauts. Ils nous prennent à rebrousse-poil et sont les seuls à ne pas nous prendre au sérieux! C’est bien là le problème. Les caricaturistes sont souvent pris à parti pour avoir pointé du doigt l’évidence. Que ce soit un Philippe Val qui se fait casser la figure par des militants anti-IVG ou cette récente attaque sur les trublions de l’actualité, les dessinateurs et caricaturistes dérangent, sont emprisonnés, torturés ou tués partout dans le monde. Parce qu’ils nous renvoient à cette faillible humanité, à nos contradictions et nos oxymores. Les moralisateurs et ceux qui se veulent bien-pensants ne supportent pas de se retrouver ainsi confrontés à eux-mêmes, sans fard et sans compromis.

Cette dernière décennie a été envahie, gangrénée par les moralisateurs, les conservateurs, les bien-pensants, les extrémistes fanatiques de tous bords et de toutes religions. Ils sont obscènes de connerie, bien plus obscènes que les nanas et les mecs  à poil et au poil de Wolinski ou de ses potes. Il faut riposter, il faut soutenir ceux qui défendent notre liberté de penser, d’écrire et d’être. Il faut continuer à résister à cette façon de penser qui rabaisse notre humanité, rend complètement crétin et continuer à pointer du doigt l’absurdité de tous ces fanatiques, barbus ou non. Aujourd’hui et demain encore plus, soyons tous Charlie, renonçons au confort de l’apathie. Renvoyons ces connards à leurs pénates. Je m’en vais de ce pas lire quelques dessins politiquement incorrects, indécents et drôles, rire à la barbe des barbus et me souvenir de ceux qui ont perdu la vie parce qu’ils avaient suffisamment d’humour pour ne pas nous prendre au sérieux…






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mercredi 19 février 2014

Coup de gueule de maman scientifique...


Il parait que les Américains ont du mal avec les sciences... Selon le journal The Independent, un américain sur quatre ne saurait pas que la Terre orbite autour du Soleil et plus de la moitié des Américains ne croient pas en l'évolution...

J'ai eu beaucoup de chance d'avoir un oncle et une tante qui se passionnaient pour des tas de choses et ont été les premiers à encourager mon intérêt pour les sciences. Du premier microscope que mon oncle m'a offert aux livres sur les animaux généreusement donnés par ma tante. Mon oncle a toujours pris le temps de m'emmener explorer la nature et tenter des expériences saugrenues. Il n'y a jamais eu cette pression de se conformer à des choses "pour les filles" dans ma famille, bien au contraire. Ma famille m'a toujours encouragée, y compris ma grand-mère très tradi-catho, qui m'a poussée à partir vivre mes premières aventures en solo chez les orques !

Aujourd'hui, c'est à mon tour d'encourager mes enfants, ma nièce et mes filleuls à s'intéresser aux sciences et à explorer le monde autour d'eux. Du coup j'avoue ma perplexité devant tout le débat Français sur le genre ou sur les livres de jeunesse un peu rigolos... Les mecs qui dirigent la France et ceux qui défilent pour n'importe nawak dans les rues sont tous plus crétins les uns que les autres. C'est franchement affligeant...  Quand on commence à restreindre les enfants dans leurs lectures ou tenter de les conformer à un "genre" avec des idées qui relèvent de la bêtise la plus profonde, on s'en va vers des générations perdues. On va finir comme ces Américains dont on aime tant se moquer. Pour le pays des Lumières et de Descartes, ce serait quand même un comble...

Il y quelques semaines, nous sommes allés visiter le museum Beaty de la biodiversité à UBC, l'université de la Colombie-Britannique. Surtout pour voir l' énorme squelette de baleine bleue, le plus gros animal de la planète ! Certains individus peu recommandables que je connais ont travaillé au nettoyage et à l'assemblage de la bête.


 

Le petit passager était ravi. Suivez le guide: 


On a compté les cercles d'un arbre qui avait 775 ans:




On a admiré des specimens de toutes sortes: 


 
 
 
 

Mais comme se confiner au Musée c'est pas tout, nous avons été courir un peu dans l'université...





Partir à la recherche de spécimens vivants c'est bien plus drôle !



Il faisait froid... les fontaines étaient toutes gelées ! On a touché la glace et regardé comment les choses givraient de différentes façons,




Parce que la science c'est pas juste dans les bouquins, expérimenter est aussi important... à tout âge et avec toutes sortes de sujets ! Le cerveau des enfants à besoin de se nourrir de ces expériences et de découvertes. Les limiter, c'est limiter leur champ des possibles.

Mes garçons jouent aussi à la poupée et s'initient à la cuisine, portent parfois mes escarpins à talons... en plus de jouer aux trains et de vouloir aller déterrer des dinosaures. Je n'ai aucune crainte pour leur avenir ! Ils auront l'esprit curieux et n'auront pas peur d'explorer. Tant mieux. C'est en remettant en cause les acquis et le confort de la "conformité" qu'on peut se permettre de faire des découvertes qui en valent la peine.

 Détendez-vous un peu les étroits du cerveau !

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lundi 23 avril 2012

Le vrai visage des super-héros...

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Bon alors Samedi, on a eu le droit de voter avant tout le monde en France pour le premier tour des présidentielles. Il y avait foule au consulat et en bon Français, ça râlait parce qu'il fallait faire la queue pour monter dans le minuscule consulat pour faire son devoir de citoyen... L'avantage de ressembler à une baleine échouée c'est que du coup j'ai pu gruger une bonne partie de la queue !

Qu'à cela ne tienne, le spectacle était dans la rue ce jour-là... Plus précisément au 7-eleven (une chaîne genre tabac-journaux qui vend aussi du junk-food (bonbons, sodas et hotdogs immondes mais pas chers !) :



Ouaip, apparemment les super-héros boivent du soda et mangent des bonbons....

Le geek et le petit passager étaient ravis de se faire prendre en photos avec les nerds qui venaient de s'échapper du Fan-expo, une convention de mordus de comics. On pouvait aussi y croiser le premier acteur à avoir incarné Batman dans une série TV et quelques-un des acteurs de la série originale de Star Trek, de quoi mettre tout fan en émoi ! Moi, ça m'a rassuré de savoir que les super-héros se laissaient parfois aller à boire du coca et à manger des bonbons (pas la peine de cacher ton paquet Flash...)
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vendredi 30 mars 2012

Vendredi c'est permis: de la poésie et des boobs

Bon, je viens juste de découvrir qu'au Canada c'est "National Cleavage Day", autrement dit la journée nationale du décolleté. Je me demande si ça a quelque chose à voir avec l'annonce du budget fédéral hier et la déprime qui s'en est suivie? Les boobs ça remonte le moral aux Canadiens?

J'avoue que j'ai une fascination un peu morbide pour l'obsession des Canadiens avec le décolleté des dames. J'avais déjà parlé du "scandaleux" décolleté de la petite amie d'un ministre il y a quelques années. Mais recemment le sujet est revenu sur le tapis en BC avec un membre de l'assemblée législative provinciale se plaignant du décolleté de la Premier de BC, Christie Clark. Jugez par vous-même la profondeur scandaleuse qui a émoustillé le parlementaire:


Et comme le petit vicieux n'a rien trouvé de mieux que de tweeter son "émoustillement" d'ado boutonneux, il s'en est pris plein la face de la part des féministes et des autres membres du parlement. Encore un qui aurait mieux fait de mettre ses mains ailleurs que sur les touches de son Blackberry...

Ce qui est fascinant c'est que cette histoire de décolleté perturbe aussi bien les hommes que les femmes. Ma boss, qui par ailleurs est plutôt féministe, a toujours des hésitations quand au décolleté et m'a plus d'une fois fait des réflexions bizarres sur mes décolletés (qui n'ont pourtant rien de particulièrement émoustillants). Quand je lui ai fait remarquer que c'était vraiment une obsession et carrément pas féministe, elle m'a avoué que c'était vraiment un truc culturel ici. 

Du coup je comprends beaucoup mieux tout le débat autour des mamans qui allaitent. Il y a celles qui se font harceler dans les magasins ou les restaurants parce qu'elles ont eu l'outrecuidance de nourrir leur morveux (parfois juste sous une pub où la nana est carrément pratiquement nue...)  et celles qui font campagne contre facebook qui censure les images d'allaitement mais pas celles d'ados ivres à poil et celles qui persistent à dire à leur copine qu'il faut ABSOLUMENT acheter une couverture d'allaitement. Les boobs ça dérange s'il y a un gamin en train de prendre son quatre-heure dessus...

C'est marrant quand on compare à la France ou l'Italie ou certains pays nordiques où les gens n'hésitent pas à se mettre seins nus pour prendre le soleil l'été et où (à part les ados boutonneux en pleine tempête hormonale), personne n'en fait vraiment tout un plat.

Pendant ce temps-là à Vancouver, on parle aussi de poésie, parce que bon c'est (sensé être) le printemps et les cerisiers sont en fleurs... Au festival des cerisiers, on composera de délicats Haikus et du côté de ma job, on organise des lectures de poésie sur l'heure du déjeuner. Alors pour célébrer ce jour des boobs, et remonter un peu le niveau littéraire de ce post, un petit pouem sur les boobs ! Allez bon weekend !

Je n’ai jamais rêvé d’une si belle nuit.
Les femmes du jardin cherchent à m’embrasser —
Soutiens du ciel, les arbres immobiles
Embrassent bien l’ombre qui les soutient.

Une femme au cœur pâle
Met la nuit dans ses habits.
L’amour a découvert la nuit
Sur ses seins impalpables.
         Paul Eluard, extrait de "Au coeur de mon Amour"


lundi 21 novembre 2011

Coup de Gueule du Lundi: ambiance post-electorale

Ce weekend, la majorité des Britanno-Colombiens allaient aux urnes pour élire leurs maires, leurs conseils municipaux et autres branches du gouvernement local. A Vancouver le débat faisait rage entre le maire Gregor Robertson, affectueusement surnommé "Juice Man" car il est aussi patron d'une boîte qui fabrique des jus de fruits bios et son opposante, Susan Anton. Gregor le juteux a remporté la bataille et effectuera donc un second mandat comme maire de la ville, ce qui va faire grincer des dents ceux qui n'aiment pas les pistes cyclables qu'il a fait installer ou les poulets qu'il a autorisé dans les jardins urbains. Le geek et moi avons observé les débats et les discussions dans les médias avec un sourire amusé car même si nous payons nos impôts locaux avec diligence, nous n'avons pas pour autant le droit de vote, n'étant (pas encore!) citoyens Canadiens.

Gregor, le maire vert de Vancouver avec son vélo

Nous sommes nombreux dans le même cas... Vancouver compte un nombre importants de travailleurs venus d'ailleurs, avec des visas temporaires ou permanents mais sans citoyenneté. Un américain qui vit depuis un certain temps dans le coin et qui (je crois) a épousé une Canadienne a remis en cause ce système et entamé une procédure en justice pour obtenir le droit de vote aux élections locales. Selon ses calculs, environ 13% de la population en age de voter de Vancouver n'a pas le droit de vote aux élections locales.

Quand on traine ses basques dans différents pays, on se retrouve souvent observateur de la politique locale, sans pour autant pouvoir y prendre part. Si les choses sont bien faites, on peut voter pour les élections importantes de son pays d'origine. Avec ma citoyenneté française, je vais donc pouvoir voter aux présidentielles françaises de 2012 au consulat de France de Vancouver. Il est à parier que mes parents en feront de même, aux antipodes d'ici, à l'Ambasssade de France de l'ile Maurice. Par contre moi je n'aurais aucune influence sur la politique de la ville où je vis tandis que mes parents, qui ont la citoyenneté mauricienne, pourront voter aux élections mauriciennes.

Je sais que beaucoup de pays se posent la question si délicate de la citoyenneté. Est-ce juste payer des impôts? Le droit de voter? Est-ce une adhésion à un ensemble de valeurs et de traditions? Est-ce qu'on peut encore dire qu'un pays est représenté par ses valeurs quand les populations sont de plus en plus multiculturelles? Comment redéfinir ses valeurs? Qu'est-ce qu'être un citoyen? Quels sont les droits et les devoirs d'un citoyen? Peut-on vraiment être citoyen de plusieurs pays et partager ses allégeances?Je sais que la France vient de réviser ses exigences pour l'accès à la citoyenneté française. C'est une question beaucoup plus complexe que ne veulent nous le faire croire les politiques qui s'en saisissent pour polariser les débats et faire du populisme. Plutôt que d'écouter les rigolos qui se veulent fin politiques déblatérer sur la question alors même qu'ils n'ont que rarement plusieurs passeports, ne faudrait-il pas aller interroger ceux qui vivent tous les jours avec une double ou une triple-nationalité et explorer un peu plus en profondeur les complexités d'une question profondément identitaire?


mercredi 2 novembre 2011

Halloween 2011 - Le retour de la citrouille humide !

Cette année Halloween tombait un lundi. Pas très pratique de prendre le bus pour aller au travail en déguisement... Les zombies, super-héros et autres DSK se sont un peu gelés les miches aux arrêts de bus...

Nous avons suivi la tradition et sommes allés choisir notre citrouille dans un "Pumpkin Patch" du coin. Le pumpkin patch est en général une ferme où l'on peut aller cueillir soi-même sa citrouille, acheter d'autres produits fermiers et jouer dans des labyrinthes de maïs. Il pleuvait des cordes dimanche matin et nous avons renoncé à conduire jusque dans la campagne. Heureusement pour nous il existe quelques "fermes urbaines" à proximité. Sans aller bien loi, dans Kerrisdale, on trouve le Southlands Heritage Farm qui offre même un minuscule marché de produits fermiers. A défaut de vraiment cueillir sa citrouille, les fermiers dispersent une pléthore de belles cucurbitacées dans le verger et chacun peut choisir en fonction de la taille et de la forme voulue:

 
 

 
Bon a cherché le troll (même pas peur !) mais on ne l'a pas vu...


Une fois la citrouille choisie, il faut la vider et la découper pour que le soir d'Halloween des tas de petits monstres viennent quêter des bonbons à  la porte. Le découpage de citrouille est un art que certains maîtrisent très bien et pour les geeks pas très doués comme moi il existe des tas de tutoriaux et de modèles sur Internet. Après avoir galéré un peu, je n'étais pas peu fière de ma citrouille de cette année:


Le geek s'était chargé d'acheter plusieurs kilos de sucreries chimiques pour les gosses (il refuse la nouvelle mode de donner des douceurs "santé" aux enfants, il dit que ça enlève tout le fun). Malgré tous ces préparatifs et l'état à demi-comateux de notre quartier, nous avons failli ne pas avoir assez de bonbons pour tous les gamins venus sonner à notre porte. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences ! Cette année on a été bien en peine de trouver des décorations sympas dans les jardins de nos voisins. A part la même bande de quelques hurluberlus qui transforment leur jardins en remake de films gore, les citrouilles se faisaient rares cette année.



 La superposition du crane dans son fauteuil et de la citrouille snoopy est un peu suréaliste...

 
A part les habituels brulés du lendemain qui auront tenu à allumer des feux d'artifices en les tenant dans leurs menottes, peu d'incidents à signaler... Quelques zombies venus de Occupy Vancouver auraient envahi les bureaux du centre-ville pour protester contre la convoitise des grosses entreprises et un magasin de Commercial drive s'est fait vandaliser pour avoir osé créer une vitrine gore avec une chambre à coucher ensanglantée. Visiblement l'humour noir n'est plus trop apprécié en ces temps de crise...
mardi 27 septembre 2011

Coup de gueule: Caamano Sound et la menace des pétroliers

Un des grands projets industriels qui divisent la BC est la construction du pipeline Enbridge. Ce pipeline permettrait au pétrole extrait des sables bitumineux de l'Alberta d'être acheminé jusqu'au port en eau profonde de Kitimat et de là d'être exporté vers l'Asie et le reste de l'Amérique par pétroliers. Outre le fait que l'exploitation des sables bitumineux est un désastre écologique sans précédent, l'éventualité d'une marée noire similaire à celle de l'Exxon Valdez en Alaska aurait des répercussions terribles pour la côte sauvage de la BC. 

Difficile d'accès, souvent la proie de tempêtes, parsemée de récifs traitres et de brouillards persistants c'est une zone que les meilleurs marins reconnaissent comme dangereuse. C'est aussi une zone où la biodiversité est saisissante, merveilleuse. C'est une région qui m'a conquise il y a plus de 12 ans et qui m'habite encore aujourd'hui. Avec de nombreux autres habitants de la région, je crains l'arrivée des super-tankers dans les eaux riches de la région...  Alors que tout nous indique de nous devons nous sevrer de cette dépendance au pétrole, il semblerait que tous les moyens soient bons pour en extraire jusqu'à la dernière goutte, quitte à y sacrifier ce qu'il nous reste de biodiversité marine. J'espère que, pour une fois, nos dirigeants auront à cœur de préserver ces dernières zones de beauté sauvage inaltérée.

lundi 18 avril 2011

Le coup de gueule du lundi: les jeunes canadiens énervés (ou presque) et les élection fédérales

On se prépare à une nouvelle élection au Canada. Le premier ministre est désormais sur un siège éjectable et les politesses ne sont plus de mise. L’actuel premier ministre s’est taillé une bien mauvaise réputation. Malgré les opérations de presse-tendresse avec pullover bleu et chaton l’actuel PM a du mal à se défaire d’une image de maniaque du contrôle de l’information, un tantinet mégalomane (il a renommé le gouvernement du Canada le gouvernement Harper…). Malgré cela et quelques autres scandales et pratiques clairement anti-démocratiques, la jeunesse avait dédaigné les dernières élections et le taux d’abstention était plutôt élevé. Vu que les partis ciblent leur clientèle habituelle, les vieux, il n’y a pas grand-chose dans leurs programmes pour exciter les hormones pourtant facilement excitables des jeunes du pays. Donc, les cartes semblaient distribuées d’avance : un fort taux d’abstention et un nouveau gouvernement minoritaire.

Puis, il y a eu cette tirade du comique Rick Mercer, qui tient les rennes d’une émission politique tragi-comique dans le genre des Guignols de l’info :



Rick, il en avait clairement marre du gouvernement actuel et clairement marre que les jeunes ne se révoltent pas plus… Sans le prévoir, il venait de déclencher un phénomène. Les jeunes d’un certain nombre d’universités canadiennes ont lancé des Vote Mobs, des happenings pour inciter leurs potes de fac à aller voter. Non-partisanes et pleines de bonnes humeurs, ces espèces de manifs bon-enfant ont scotché un des ministres du gouvernement qui les a trouvées « Déconcertantes », pas très branchés les ministres…



Le pire c’est que ça marche! Les jeunes sont massivement aller mettre des bulletins dans les urnes… Sans surprise, il semblerait que les étudiants votent plutôt à gauche, donc pas vraiment pour le gouvernement en place… Les Conservateurs en ont été fort choqués et ont dare-dare tenté de faire annuler le vote de l’Université de Guelph. Sauf que le vote avait été approuvé par Élections Canada, le corps qui supervise les élections et s’assure de la validité du processus. Tant pis! Maintenant, voilà les différents partis qui tentent de rallier cet électorat longtemps abandonné. 

Pendant ce temps, une bande d’artistes de Vancouver créait le phénomène avec leur site www.shitharperdid.com et avec leur vidéos YouTube qui sont vite devenues virales. Sur le ton de l’humour décalé, ils soulèvent des problèmes de fond et remettent en cause les pratiques anti-démocratiques du gouvernement en place et ils incitent le monde à aller voter. Le trafic de leur site est monté en flèche en une journée et le site a du fermer quelques heures avant de se remettre en ligne avec une plus grande bande-passante.


Depuis longtemps, le gouvernement du Canada se désintéresse de la politique étrangère, comme le prouve les coupes sévères dans le budget de la diplomatie canadienne. Mais il semblerait que les évènements récents dans le monde et l’exemple d’une révolte menée essentiellement par les jeunes contre un conservatisme de plus en plus étriqué ait fait des émules chez les jeunes Canadiens. Il va falloir aux politiciens plus que quelques photos avec des chatons pour se tirer d’affaire sans égratignures… Les jeunes ont la dent dure et sont sans concession pour cette catégorie d’hommes blancs plus âgés qui ne les représentent vraiment pas. Il y a un véritable fossé entre les préoccupations des jeunes et les propositions mille-fois remâchées des politiciens. Le manque d’imagination et de charisme chez les politiques Canadiens qui ne joue pas en leur faveur. 

Je me demande parfois ce qu’il adviendra des prochaines élections en France où le fossé est sans doute similaire, voire plus grand. Verra-t-on un Rick Mercer galvaniser les jeunes ou verra-t-on un duel déprimant entre Marine le Pen et Dominique Strauss-Khan?
lundi 11 octobre 2010

Cap au Nord: Yellowknife, Territoires du Nord-Ouest - Episode 2: des mines et des aurores boréales

Les Territoires du Nord-Ouest ont une économie assez peu diversifiée. Une grosse partie des revenus du territoire provient de l'extraction minière (or, diamant et autres minerais) et de l'extraction des hydrocarbures et du gaz naturel. Pas vraiment des ressources durables il faut dire... Le problème auquel font face les populations des territoires c'est l'abandon des mines et la pollution provoquée par des méthodes d'exploitation bien peu écologiques... La mine Giant, à quelques minutes de Yellowknife en est un exemple flagrant. Ce site, abandonné du jour au lendemain par la compagnie exploitante, est un réservoir d'arsenic. Aujourd'hui, le site est en cours d'assainissement par le gouvernement et sera à terme transformé en musée et en zone récréative pour les amateurs de skydoo et de quads... Nous avons eu la chance de pouvoir visiter le site avec l'ingénieur en charge du projet de nettoyage. Il va tester une technique unique au monde: ils vont expédier tous les résidus d'arsenic dans des chambres souterraines qui seront ensuite gelé à très basse température pour les sceller. L'ingénieur a aussi pu nous confier ses craintes quand au nettoyage de sites infiniment plus vastes et pollués que celui-ci, comme les exploitations de sable bitumineux en Alberta....

 
 
 Anciens bassins de décantation contaminés à l'arsenic
 
 
 
 La structure qui permettait de faire descendre les mineurs jusqu'à 1200 mètres sous terre et remonter le minerai d'or...

La mine Giant a marqué les esprits à Yellowknife après un tragique évènement où un gréviste a fait sauter un wagon de la mine et tué 9 mineurs. L'homme a ensuite été poursuivi et condamné mais le site reste un endroit assez lugubre à visiter...Les paysages lunaires laissés par l'exploitation du sous-sol sont désolés et tristes, mais ils font partie de la réalité des gens des territoires.


Après cette visite, nous avons repris le bus pour aller visiter la communauté de Dettah, un village Déné. Dettah se trouve à environ 6km de Yellowknife l'hiver, quand la route de glace permet de conduire sur le lac gelé. en cette saison la route est fermée:



Nous avons donc du faire environ 35 kilomètres par la route traditionnelle avant d'atteindre ce petit village dont les habitants ont donné leur nom à la ville de Yellowknife, ce sont des Yellowknives Déné. Déné veut dire "peuple" ou homme. Cette tribu particulière était connue autrefois pour fabriquer des outils en cuivre, d'où ce nom de "Yellow knives", les couteaux jaunes. La langue des Déné est très proche de celle parlée par les Navajos et par certaines tribus Apaches. Les descendants de ces chasseurs-cueilleurs sont aujourd'hui majoritairement convertis au catholicisme: 




 les Déné sont un des peuples autochtones des Territoires du Nord-Ouest qui cherchent actuellement à obtenir leur autonomie gouvernementale. Comme beaucoup de peuples autochtones, ils souffrent encore beaucoup des dégats provoqués par la tentative d'assimilation forcé par les écoles résidentielles et les anciens parlent volontiers de cette "génération perdue" qui doit réapprendre les liens sociaux et communautaires. Les Déné sont aussi beaucoup affecté par la pauvreté rampante qui affecte les communautés isolés. Le monde moderne s'affronte avec le monde traditionnel. Les dirigeants Déné, comme ceux des Tlicho, des Gwichin ou des Inuvialuit, prennent cependant le taureau par les cornes et tentent de faire la synergie entre ces deux mondes. Lors de notre visite de Dettah, le Chef Sangris nous a longuement parlé des problèmes de santé auxquels de plus en plus de jeunes font face, notamment le diabète. Pour contrer les effets dévastateurs des sucres rafinés des produits à bas prix du supermarché, les anciens ont décidé d'initier les jeunes aux produits traditionnellement consommés, comme le caribou, le poisson d'eau douce ou les produits de la cueillette. Ils ont partagé avec nous un ragout traditionnel de caribou avant que les jeunes nous fassent une démonstration de jeux de mains. Les anciens veulent que ces jeunes gardent une fierté de leur héritage culturel et tentent de conserver ces traditions tout en poussant leurs jeunes à étudier et voyager pour acquérir le savoir dont ils auront besoin pour aider leur communauté à atteindre l'autonomie gouvernementale. Tout est loin d'être rose pourtant et les problèmes liés à la consommation d'alcool et de drogue sont visibles partout... Ils ont pourtant pris le temps de nous accueillir avec une hospitalité extraordinaire. Mes étudiants m'ont avoué avoir passé une après-midi qui restera dans leurs mémoires. 


 
 

Parmi mes étudiants se trouve un représentant de la Nation N’laka’pamux de BC. Il avait apporté une couverture traditionnelle de BC à offrir en remerciement à nos hôtes. Le Chef Sangris a été très touchée par cette attention et nous a dit qu'il espérait que notre étudiant serait un modèle pour ses jeunes, leur prouvant qu'on peut être résolument moderne (cet étudiant a fondé une des premières agences d'évaluation environnementale autochtone en BC...) tout en gardant son héritage culturel.


 
 
 Après cette visite, notre étudiant de Yellowknife nous avait organisé un diner sur les bords du lac, avec du poisson séché traditionnel Gwich'in, du poisson frais frit, pêché par ses soins et du rôti de caribou aux canneberges avec des fèves au sirop d'érable, le tout accompagné de l'inévitable Bannock. Un régal !

 
 Poisson séché traditionnel Gwich'in
 Le pain bannock!
 Votre serviteur, aidant à préparer le poisson
 Un des conseillers du programme aidant à couper le bois pour le poëlle à bois.
 Nos hôtes faisant frire le poisson frais
 Les étudiants, faisant cuire les fèves à l'érable sur le poëlle à bois
Miam miam !! Rôti de caribou et poisson frit.

Après ce repas des plus copieux, j'avais vraiment besoin de me dégourdir les jambes. Je suis partie marcher le long des collines basaltiques qui bordent le lac pour admirer en paix la nuit polaire. Assise sur les rochers, j'ai soudain entendu un bruit de respiration à côté de moi et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un minuscule renard arctique, tranquillement assis à côté de moi! Ce petit animal est resté bien 10 minutes à côté de moi qui n'osait presque pas respirer de peur de l'effrayer... 

 Il ressemblait un peu à celui-ci, photo de adavies sur Flickr

Mais la magie du Nord ne devait pas s'arrêter là... Quelques heures plus tard, les premières lueurs d'une aurore boréale ont fait leur apparition. J'ai passé les deux prochaines heures le nez en l'air, à admirer le ballet de la lumière dans le ciel. Sans mon pied, j'ai tenté de capturer un peu de la magie avec mon appareil photo mais les photos ne rendent pas justice à ce phénomène naturel spectaculaire:

 
 
 

Yellowknife se trouve au centre de l'ovale aurorale, c'est sans doute l'un des meilleurs endroits au monde pour observer ce phénomène. J'avoue que cette dernière nuit à Yellowknife m'a bien donné envie d'aller vivre quelques temps dans le Nord... En attendant, je pense bien y retourner en Mars, lorsque tout sera gelé pour aller faire ma touriste ici:


Le lendemain, il ne me restait que peu de temps avant de reprendre mon avion pour Vancouver, j'ai à peine eu le temps de refaire un petit tour dans le "Old Town" et d'aller acheter quelques petits cadeaux pour mes hommes, ainsi qu'une petite sculpture Inuit pour ma (maigre) collection.

 
 
 
 Le monument dédié aux pilotes de brousse dans le Nord, au sommet de la ville

 Un des hauts-lieux de la vie nocturne de Yellowknife: le Wildcat Café, ouvert seulement l'été (il n'y a pas de chauffage à l'intérieur...)

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