mercredi 7 janvier 2015

#Jesuischarlie







Ce matin, notre ville côtière est noyée dans le brouillard. Épais, cotonneux, il dilue les formes et force à la mélancolie. Nous nous sommes réveillés dans un brouillard de nouvelles stupéfiantes et terrifiantes. Douze personnes sont mortes au siège de Charlie Hebdo. Parmi les noms de ceux qui ont perdu la vie dans une attaque violente et indicible, Wolinski, Cabu, Charb, Tignous… D’autres, comme le naturaliste Fabrice Nicolino sont blessés. Mon seul petit réconfort ce matin c’est de voir que la place a été donnée aux hommages et non au portrait-robot des connards qui assassinent la liberté de la presse.

J’ai grandi dans un monde où internet n’était pas encore au bout de nos doigts. Les journaux étaient attendus, lus et partagés.  Venant d’une famille qui en lisait beaucoup, j’ai découvert assez tôt les dessins de presse et les caricatures politiques. Charlie, mon oncle se faisait un plaisir de le lire et de le laisser trainer devant ma très conservatrice grand-mère, avec le Canard évidemment! A mon entrée à l’université, à l’âge des grands idéaux, des engagements politiques et des manifs, Charlie est demeuré. J’ai aussi rencontré quelques dessinateurs de presse, dont certains sont devenus des amis. Beaucoup continuent aujourd’hui à militer pour la liberté de la presse à coups de traits de crayon humoristiques.

Ils sont un miroir impitoyable mais souvent tendre de notre humanité. Ils nous renvoient sans concessions à nos failles, nos petitesses et nos bêtises. Ils ont l’art de nous dessiner empreints de nos défauts. Ils nous prennent à rebrousse-poil et sont les seuls à ne pas nous prendre au sérieux! C’est bien là le problème. Les caricaturistes sont souvent pris à parti pour avoir pointé du doigt l’évidence. Que ce soit un Philippe Val qui se fait casser la figure par des militants anti-IVG ou cette récente attaque sur les trublions de l’actualité, les dessinateurs et caricaturistes dérangent, sont emprisonnés, torturés ou tués partout dans le monde. Parce qu’ils nous renvoient à cette faillible humanité, à nos contradictions et nos oxymores. Les moralisateurs et ceux qui se veulent bien-pensants ne supportent pas de se retrouver ainsi confrontés à eux-mêmes, sans fard et sans compromis.

Cette dernière décennie a été envahie, gangrénée par les moralisateurs, les conservateurs, les bien-pensants, les extrémistes fanatiques de tous bords et de toutes religions. Ils sont obscènes de connerie, bien plus obscènes que les nanas et les mecs  à poil et au poil de Wolinski ou de ses potes. Il faut riposter, il faut soutenir ceux qui défendent notre liberté de penser, d’écrire et d’être. Il faut continuer à résister à cette façon de penser qui rabaisse notre humanité, rend complètement crétin et continuer à pointer du doigt l’absurdité de tous ces fanatiques, barbus ou non. Aujourd’hui et demain encore plus, soyons tous Charlie, renonçons au confort de l’apathie. Renvoyons ces connards à leurs pénates. Je m’en vais de ce pas lire quelques dessins politiquement incorrects, indécents et drôles, rire à la barbe des barbus et me souvenir de ceux qui ont perdu la vie parce qu’ils avaient suffisamment d’humour pour ne pas nous prendre au sérieux…






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