lundi 21 avril 2008

Raccourcis cosmiques

Aimé Césaire à quitté ce monde, pour aller chanter la poésie des îles dans d’autres dimensions.
Le grand monsieur dont les panégyriques ont fleurit un peu partout, dans les journaux et sur le web m’avait fait un petit clin d’œil il y a quelques semaines…


J’ai un gros défaut, je bavarde beaucoup avec les chauffeurs de taxi, surtout ici où certains réservent bien des surprises ! A Montréal, il y a une large confrérie de chauffeurs de taxi antillais, dont beaucoup d’Haïtiens. Pendant l’une de mes longues pérégrinations d’une réunion à une autre, j’ai croisé la route d’un monsieur très élégant qui ressemblait beaucoup à Aimé Césaire, un ancien professeur, devenu chauffeur de taxi, un historien qui comptait repartir à Haïti pour y ouvrir une station de radio. Dans une français des plus distingués, il m’avait entretenu de Toussaint Louverture, le héros légendaire de Haïti et un des inspirateurs d’Aimé Césaire, du grand Césaire lui-même et de la nécessité absolue pour les peuples de se soulever contre les tyrans, quels qu’ils soient. Il m’avait déclamé des vers de Césaire lorsque nous escaladions les flancs du Mont Royal et j’avais répondu en évoquant le palais Sans Souci et les champs de canne à sucre.


Le Monde Diplomatique publie l’une des dernières entrevues d’Aimé Césaire à propos d’Haïti et de Toussaint Louverture, c’est drôle ces raccourcis cosmiques non ??


Le poète s’en est allé rejoindre le panthéon de ses héros et des chantres de l’humanité avec un grand H. Adieu Monsieur Césaire.



Prophétie (1946)
Aimé Césaire in « Les Armes Miraculeuses »



où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois
là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux
là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
à l'espoir et l'infant à la reine,
d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes


je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.

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