dimanche 15 septembre 2013

Une petite envie de cabane



« Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.» Sylvain Tesson





J’ai toujours aimé les cabanes. Aussi loin que ma mémoire remonte, j’ai toujours eu des cabanes, de préférence perchées en haut des arbres. Petite fille, à chaque déménagement de mes parents dans un nouveau pays, mon premier réflexe était de chercher un arbre idéal pour y construire ou y rêver une cabane.  Les premières semaines dans un nouveau pays, une nouvelle école, étaient souvent un peu stressantes pour l’enfant que j’étais. Les arbres et leurs cabanes étaient, avec la présence constante de l’océan, à la fois un ancrage solide et la perspective de pouvoir m’évader dans un monde imaginaire quand je le souhaitais.


Mes premières lectures de Jack London m’ont fait fantasmer sur les cabanes au fond des bois, dans des contrées nordiques sauvages à mille lieux des tropiques où je vivais. Mon premier voyage en solo aura été vers les forêts profondes de la Colombie-Britannique, où j’ai trouvé, là encore, une cabane en bois, pour écouter les orques, mesure la profondeur du silence et oublier qu’ailleurs le temps ne cesse de faire courir mes contemporains. Depuis, ma tente et mon sac à dos ont fait office de cabane de substitution pour autant de virées qui étaient comme des bouffées d’oxygène.


Depuis quelques temps, j’observe mes enfants qui grimpent aux arbres dans notre jardin et je me prends à rêver d’une cabane pour eux. Chaque enfant a besoin d’un espace pour s’isoler et rêver.


Pourrait-on simplement prendre une année sabbatique ou deux pour aller vivre dans une cabane au fond des bois? Je me rappelle que mes parents ont le plus voyagé lorsque j’étais très jeune. Au fur et à mesure des années et des contraintes scolaires, les grands déménagements se sont espacés et les départs avec juste deux valises pour quatre personnes ont disparus, à mon grand dam ! Du coup, je me dis que ce serait le temps d’aller se perdre un peu loin du monde avec nos petits passagers.


En relisant Sylvain Tesson et quelques autres fous-furieux qui ont le goût des cabanes perdues dans les bois, je me prends à rêver d’une escapade loin de l’agitation des villes, juste avec le bruit de la forêt et de la hache qui fend le bois pour le poêle. Quand je regarde mes petits qui grandissent avec leur vie de citadins, leur aisance dans les transports en commun, leur facilité à se laisser absorber par l’électronique omniprésente, je me demande s’ils ne sont pas en manque de nature et d’opportunités de rêver… On a beau passer du temps dans la forêt à marcher, ou dans le jardin à compter les abeilles et manger des pissenlits, il y a comme une petite angoisse au fond de moi. L’angoisse de ne pas leur donner l’accès à la nature dont j’ai tant profité gamine. Les heures passées à rêvasser, perdue dans la canopée, ou à pêcher des petits poissons dans des trous rocailleux au bord de l’eau. Les heures à bouquiner tranquille, oubliant l’heure du repas et les appels de ma mère. J’en souris encore !


La cabane au fond des bois, c’est la quintessence d’un rêve de gamin, le précurseur des châteaux dans le ciel à venir. Un endroit où le temps peut suspendre son vol et permettre la créativité la plus folle.


Mon petit passager numéro 1, déjà à l’école, se butte aux attentes des maîtresses qui ne lui laissent pas vraiment le loisir de rêvasser dans un coin. Il se plie difficilement aux activités chronométrées et aux diktats d’un modèle de développement un peu trop standardisé. Il aime bouquiner ses livres et s’évader dans son monde imaginaire. Avec une famille qui n’a jamais aimé « rentrer dans les cases », le contraire aurait été étonnant… Mais à 4 ans, les attentes sont là et franchement elles me gonflent! 


Certains psys et éducateurs plaident aujourd’hui pour un contact plus fréquent avec la nature, pointant du doigt un syndrome de déficit en nature chez les enfants. Raison de plus pour aller se trouver une petite cabane et oublier les maîtresses grincheuses et les empêcheurs-de-rêver-en-rond ! Parce que comme le dit si bien Sylvain Tesson, "L'ultime liberté c'est de finir en cabane." Sur ce, je vous laisse à vos cabanes !


 La photo de cabane vient du blog Catherine et les Fées, très sympa pour ceux qui s'intéressent au "unschooling" ou l'art d'éduquer ses enfants sans l'école.

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1 commentaires:

Vio a dit…

Très beau texte !
J'ai cette même envie de reprendre les routes, d’arrêter le temps fou qui nous pousse toujours de trop !
De solitude dans l'immensité de la nature, sans toute la technologie qui nous accompagne .. qui devient si présente dans nos vies, voir trop présente et pourtant je l'aime cette technologie. Mais elle me fait peur quand je vois à quelle vitesse elle s'intègre dans la vie des plus jeune ... ne leur laissant plus de temps pour regarder par la fenêtre et rêver !
Des bises à tes passagers

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