jeudi 31 mars 2011

Coup de gueule du printemps: des atomes, de la politique et des cerisiers en fleurs...

Le monde est en effervescence. Des révolutions sont en cours mais les dictateurs ont la dent dure et s'accrochent à leurs piédestaux comme autant de morpions à un poil bien dru. Pendant ce temps, la nature rappelle à nos voisins Japonais que la mégalomanie des hommes ne les mets pas à l'abri d'une mauvaise blague du destin. La fureur atomique hante depuis longtemps l'inconscient collectif des Japonais et se voir de nouveau menacé par l'invisible mais insidieuse radioactivité réveille chez de nombreux amis Japonais de mauvais souvenirs. Les informations qui s'entrechoquent et se contredisent les laissent dans l'expectative et dans un certain désarroi. Et pourtant, les cerisiers sont en fleurs. Ce symbole si puissant de renouveau à ramené quelques sourires et l'espoir fou qu'avec le printemps viendront des solutions.

Genbaku Dome, Hiroshima, photo de WilliamBullimore


En BC, nous sommes pile-poile dans la ligne de mire des nuages chargés de particules. Les eaux océaniques sont déjà contaminées et malgré les déclarations rassurantes des différentes autorités "compétentes", il est difficile de ne pas se poser des questions. Quels seront les effets cumulatifs sur la chaîne alimentaire? Pendant ce temps, dans un effort délibéré de nous infantiliser, des politicards paternalistes nous transforment des concepts abstraits en comparatifs ridicules: il faudrait passer 200 radiographies pour obtenir le même taux d'exposition potentielle à ce qui est détecté en ce moment dans nos contrées (entendu ce matin). Comme le dirait les Anglo-saxons, tout ce joli monde "marche sur la pointe des pieds" en évitant soigneusement "l'éléphant dans la pièce". L'éléphant en l'occurrence, ou le mammouth pour certains, est cette question du nucléaire. Cette énergie "stable" et "propre" qu'on nous présente encore souvent comme la meilleure alternative aux énergies sales comme le pétrole ou le charbon, est un peu comme la boîte de Pandore. Avec leur vision à court-terme et leur ignorance crasse des sciences les politiciens essaient tant bien que mal de sauver les meubles, de préserver un modèle économique qui ne fonctionne plus depuis longtemps et de poursuivre une croissance qui ne mène à rien si ce n'est au désastre écologique. Plutôt que d'explorer des alternatives qui ne nuisent pas à la santé de leur concitoyens, ils s'accrochent au nucléaire comme le noyé à sa bouée percée.

Depuis trop longtemps, ils traitent les écolos comme une bande de joyeux chevelus qui ne se préoccupent que des petits oiseaux, des abeilles et des jolies baleines. Mais l'écologie est en réalité la science des réseaux du vivant. Si les abeilles disparaissent, l'agriculture en pâtit sérieusement. Si les saumons décident d'aller se faire voire chez les Russes, la sylviculture du coin se voit condamnée à récolter un bois de moins bonne qualité. Le jour où nos décideurs se décideront enfin à ré-évaluer la place de l'homme dans la complexité du vivant, nous auront fait un grand pas. Il ne s'agit plus de sauver les baleines ou de préserver les routes migratoires de la mouche péteuse de Sibérie occidentale. Il s'agit de comprendre à quel point notre existence, notre santé et notre avenir dépendent de la complexité du vivant dans lequel nous évoluons. Il n'y pas d'espèce "inutile" ou de zones "sans importance" sur notre petit îlot dans l'univers. L'homme sans cette complexité biologique est un dinosaure condamné à disparaître.


Depuis quelques jours je me suis plongée dans le livre de Sandra Steingraber: "Having faith: a ecologist's journey to motherhood". Dans ce bouquin, cette remarquable chercheuse qui a beaucoup bossé sur les relations entre pollution et cancer revient sur la reproduction humaine et sur l'importance du "milieu". Nous n'avons pas de cloisons étanches et les polluants qui se retrouvent dans nos milieux, que ce soit les fleuves, les océans ou les champs, se retrouvent inévitablement dans nos tissus, dans nos cellules. Donner la vie aujourd'hui c'est procréer dans un véritable bain de produits toxiques divers. De quoi relativiser toutes ces précautions alimentaires autour des sushis, de la charcuterie ou des fromages... Je me rends bien compte que la complexité du vivant ne s'appréhende pas facilement et révèle un peu de l'abstrait mais il faudra bien que quelqu'un ait le courage de le faire dans nos "élites". Il faudra bien un jour qu'on se rende collectivement compte que ce que nous balançons avec autant de désinvolture dans les fleuves, les océans ou dans l'atmosphère finira par venir iévitablement nous mordre le derrière.

Je râle, je peste et je m'insurge et bien sur je ne fais rien avancer. Pendant ce temps, d'autres dinosaures comme Claude Allègre continuent à perpétuer le mythe que l'homme n'y est pour rien dans le changement climatique. Je m'attends presque à ce qu'il vienne nous dire que le nucléaire ne présente aucun danger pour l'homme. J'en viens à prier pour qu'une fleur de cerisier qui tombe à Vancouver déclenche une pluie de météorites sur les imbéciles pédants de son espèce. Sur ce je m'en vais râler ailleurs, j'ai du perdre les quelques lecteurs qui viennent parfois se perdre ici. Faudrait peut-être que je mette à composer des Haikus tiens...

3 commentaires:

Anyes a dit…

Je suis heureuse de lire votre frustration contre ce qui se passe en ce moment et meme si je me demande s'il m'est possible de faire quelque chose d'utile et de concret, je pense qu'il sera peut-etre possible, plus tot que prevu, de voir un changement dans la facon dont nous pensons, capable, on se sait jamais, de renverser la situation deplorable dans laquelle nous nous trouvons tous et toutes. Excusez le francais bancal, cela fait tres longtemps que je ne l'ecris plus regulierement.
Merci Elodie

Olivier d'Evian a dit…

Bravo pour ton article ! Ca fait du bien de lire ça.

J'espère que les mentalités vont changer et que ça va bouger parmi les "élites". Il est plus que temps, c'est urgent.

(j'ai encore vu un reportage sur le plastique dans les océans, c'est dramatique)

Zoé a dit…

d'où les lecteurs perdus? :-)

Frustration et explications font souvent un excellent billet d'humeur je trouve... donc j'apprécie de lire ce ras-le-bol, partagé (certes pas assez) et ô combien justifié... merci de partager ces pensées :-)

Météo


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